Youssef, chauffeur d'affaires à Casablanca, raconte sa ville
Casablanca vue de l'intérieur, sans filtre
Six heures du matin, boulevard Zerktouni. La brume atlantique colle encore aux façades haussmanniennes quand Youssef Benali gare son break gris perle devant un café ouvert depuis 5h30. Il commande un…
# Youssef, chauffeur d'affaires à Casablanca, raconte sa ville
Six heures du matin, boulevard Zerktouni. La brume atlantique colle encore aux façades haussmanniennes quand Youssef Benali gare son break gris perle devant un café ouvert depuis 5h30. Il commande un atay sans sucre — «les clients m'en offrent toute la journée, je dois équilibrer» — et pose ses clés sur la table. Douze ans à sillonner Casablanca pour des cadres en déplacement, des délégations étrangères, des directeurs commerciaux qui ont trois rendez-vous en deux heures et ne connaissent rien à la ville. Il a tout vu.
Nous l'avons rencontré un mardi d'octobre, entre deux missions. Dehors, la lumière rasante de l'automne casablancais — cette qualité particulière de la lumière en septembre-novembre, dorée sans être violente — faisait briller les façades blanches du Maarif. Youssef a une vision tranchée de sa ville. Et des conseils que vous ne trouverez dans aucun guide.
"Casablanca, c'est pas une ville pour flâner. C'est une ville pour travailler."
Ça fait douze ans que vous conduisez des voyageurs d'affaires. Qu'est-ce qui a changé ?
«Avant, les gens arrivaient à Mohammed V, prenaient un taxi grand taxi jusqu'à l'hôtel, et ils ne voyaient rien. Maintenant, beaucoup louent une voiture ou font appel à nous dès le premier jour. Ils ont compris que Casablanca, ça se conduit. Pas en taxi, pas à pied — en voiture, avec quelqu'un qui sait."
Youssef n'est pas tendre avec la signalisation locale. «Le rond-point de l'Étoile un lundi à 8h30, c'est un test psychologique. Si vous survivez sans klaxonner, vous pouvez conduire partout au Maroc.» Il rit. Puis il précise, sérieux : «Non, vraiment. Téléchargez Waze marocain — pas Google Maps — avant de louer une voiture à Casablanca. Et évitez l'axe Mohamed V entre 7h30 et 9h, sans exception."
Une semaine à Casablanca en automne : le rythme qu'il recommande
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Pour un voyageur d'affaires qui passe cinq à sept jours en octobre ou novembre, Youssef a une doctrine. «La semaine, vous bossez. Mais les soirs et le week-end, la ville vous appartient. Et l'automne ici, c'est la meilleure saison — 22°C en moyenne, la mer est encore chaude, les terrasses sont humaines."
Lundi-vendredi : se déplacer sans se faire piéger
Ses trois règles pour les professionnels :
- Partir 20 minutes plus tôt que prévu, toujours. Le trafic de Casablanca peut transformer 8 km en 45 minutes entre Sidi Maârouf et le Triangle d'Or.
- Stationner à l'avance. Le parking souterrain du Morocco Mall (côté corniche, entrée rue Alger) a 2 500 places. Tarif raisonnable, sécurisé. «Mes clients y laissent leur véhicule toute la journée quand ils ont des réunions en centre-ville, et ils prennent un taxi pour le dernier kilomètre."
- Éviter Ain Diab le vendredi soir. «Tout Casablanca descend vers la corniche. Belle idée. Mais entre 18h et 21h, c'est bloqué depuis les Roches Noires jusqu'au Phare d'El Hank. Allez-y samedi matin à la place — vous aurez le même coucher de soleil, sans la file."
Les rendez-vous dans quels quartiers ?
«Le Triangle d'Or — boulevard Moulay Youssef, rue Allal Ben Abdallah, avenue Hassan II — c'est là que sont 80 % des sièges sociaux des multinationales. Si vos réunions sont là, logez au Sheraton ou au Hyatt Regency pour éviter de conduire le matin. Sinon, le Maarif est plus vivant le soir et 15 minutes à pied de tout."
Ce qu'il mange, où il mange — les adresses que ses clients lui volent
«On me demande tout le temps : 'Youssef, où est-ce qu'on mange bien et vite ?' Je réponds toujours pareil."
Pour le déjeuner rapide entre deux rendez-vous : la rue Chaouia, dans le quartier Habous. Une dizaine de petits restaurants familiaux, menu du jour entre 50 et 80 MAD, servi en 10 minutes chrono. «Le patron du troisième, si tu lui dis que tu viens de ma part — il s'appelle Hassan — il te fait goûter la harira même si c'est pas sur la carte.»
Pour le dîner d'affaires digne de ce nom : le quartier Gauthier, autour de la rue Ibn Batouta. «Il y a des adresses franco-marocaines qui font une cuisine sérieuse, dans un cadre qui impressionne les délégations françaises ou espagnoles sans les dépayser trop brutalement. Budget 250-350 MAD par personne, boissons comprises.»
Conseil terrain de Youssef : «Le vendredi midi, n'allez JAMAIS manger dans le quartier des affaires. Les restaurants sont pris d'assaut dès 12h30. Allez au Maârif, il faut 8 minutes en voiture et il y a toujours de la place. C'est le secret que personne ne dit.»
Louer une voiture à Casablanca : ce que Youssef pense vraiment
On lui pose la question directement. «Pour les pros qui restent une semaine et ont des rendez-vous dans plusieurs quartiers — Sidi Maarouf, CFC, Ain Sebaa —, louer une voiture reste la solution la plus souple. Pas la plus simple au début, mais la plus efficace.»
Il a une liste mentale des erreurs qu'il voit ses clients faire en boucle :
- Louer au guichet de l'aéroport sans comparer. «Mohammed V, les comptoirs des grandes enseignes internationales sont plus chers de 30 à 40 % que les agences locales sérieuses. Réservez en ligne avant d'atterrir.»
- Prendre le véhicule le plus petit pour "économiser". «Une citadine sur l'autoroute A3 entre Casablanca et Mohammedia, par vent d'automne, ça fatigue. Prenez une berline ou un SUV compact si vous faites plus de 200 km dans la semaine."
- Ne pas vérifier le kilométrage inclus. «Certains contrats limitent à 150 km/jour. Si vous allez à Rabat le mercredi, ça monte vite. Exigez le kilométrage illimité, c'est non-négociable.»
Pour ceux qui veulent louer sans stress depuis l'aéroport ou depuis le centre-ville, des agences marocaines comme RBPS Cars proposent des réservations en ligne avec livraison directe — une option que Youssef juge «intelligente pour les gens pressés qui ne veulent pas perdre une heure en file à l'aéroport».
Ses bons plans pour les soirées d'automne — ceux qu'il donne à ses meilleurs clients
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Youssef réserve ces adresses pour les clients «qui lui posent vraiment la question». Maintenant, elles sont ici.
La Corniche côté Phare d'El Hank, un soir de semaine. «Pas le dimanche. Un mardi ou mercredi soir. Garez-vous à l'entrée du Phare — il y a un petit parking non officiel que tous les Casablancais connaissent — et marchez 15 minutes vers la mer. L'odeur de l'atlantique en octobre, avec les lumières de la ville derrière, c'est quelque chose qui reste."
Le café Bouskoura, côté forêt. À 20 km du centre, la forêt de Bouskoura est l'échappatoire favorite des Casablancais le week-end. «Le samedi matin, levez-vous à 7h, prenez votre voiture, roulez 25 minutes sur la route de Berrechid, tournez à gauche après le panneau golf. Il y a un café en bord de piste forestière — clientèle locale, msemen chaud, thé à la menthe fraîche. 30 MAD le petit-déjeuner. Personne ne vous y attendra de toute façon, mais vous reviendrez."
Le Derb Sultan, un vendredi après la prière. «C'est un vieux quartier populaire, pas de tourisme. Mais les souks du vendredi après 14h ont une énergie que vous ne trouvez pas ailleurs à Casablanca. Allez-y en voiture, garez-vous rue Sidi Blyout, marchez à pied les 600 derniers mètres. Ne traînez pas votre valise et ne sortez pas votre appareil photo les premières minutes — laissez-vous juste absorber par le bruit et les couleurs.»
Conclusion : Casablanca ne se révèle pas. Elle s'apprivoise.
Youssef finit son atay froid. Dehors, la lumière d'octobre a changé de qualité — plus dorée, plus oblique. Il a un client à 9h à Sidi Maarouf, 14 kilomètres et possiblement 40 minutes selon le carrefour Belvédère.
«La ville ne vous fait pas de cadeaux les premiers jours. Mais à partir du troisième, vous commencez à comprendre sa logique. Et après une semaine, vous avez l'impression de connaître quelqu'un.»
C'est ça, Casablanca en automne. Pas une ville qu'on visite. Une ville avec qui on traite.
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