10 jours à Casablanca avec les enfants : on a tout raté, puis tout trouvé
Casablanca côté famille, entre luxe discret et vraie vie
Il est 7h12 quand la lumière d'août traverse les rideaux du Hyatt Regency et allume le carrelage de la salle de bains comme une torche. Dehors, le boulevard Mohammed V commence à vrombir — klaxons es…
# 10 jours à Casablanca avec les enfants : on a tout raté, puis tout trouvé
Il est 7h12 quand la lumière d'août traverse les rideaux du Hyatt Regency et allume le carrelage de la salle de bains comme une torche. Dehors, le boulevard Mohammed V commence à vrombir — klaxons espacés, camionnettes de pain, un muezzin lointain qui disparaît dans le bruit. On est à Casablanca avec deux enfants de 7 et 11 ans, une voiture réservée la veille, et exactement zéro plan.
C'était il y a trois semaines. On repart avec quelque chose d'inattendu : la conviction que Casablanca est peut-être la ville du Maroc la moins bien racontée — et la plus facile à rater si on n'a pas les clés.
Le premier matin : la voiture ou le chaos
On avait hésité. Aéroport, taxi, navette ? Un ami expatrié à Casa nous avait prévenus : « Sans voiture, vous allez passer vos matins à négocier des courses et vos soirées à attendre. Avec les enfants, c'est une lente agonie. »
On a loué une BMW Série 3 chez RBPS Cars, agence proche de l'aéroport Mohammed V. Processus rapide — moins de vingt minutes. La voiture était propre, climatisée, avec les sièges rehausseurs pour le petit. Ce détail-là, banal pour certains, change tout quand on débarque à 11h du matin en été avec un enfant de 7 ans et 34°C sur le parking.
Conseil terrain : Demandez systématiquement que la voiture soit déjà en stationnement couvert ou à l'ombre avant votre arrivée. Partir dans un véhicule à 50°C intérieurs avec des enfants, c'est perdre les premières vingt minutes à attendre que la clim fasse son travail. La plupart des agences sérieuses le font si vous le précisez à la réservation.
Première surprise : le boulevard de l'Océan Atlantique, entre Casa et Ain Diab, est absolument désert à 13h en semaine. La ville fait la sieste. On s'est garés face à la mer, on a mangé des sandwichs achetés à la boulangerie Paul de la rue Lahcen Oukil, et les enfants ont couru vers l'eau comme si on ne les avait pas avertis trois fois que ce n'était pas la plage.
Ain Diab et la Corniche : la face cachée de la ville
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La Corniche de Casablanca a mauvaise presse. Trop bruyante, trop bétonnée, pas assez authentique. C'est faux — ou plutôt, c'est vrai au mauvais moment.
Le matin, avant 9h, la Corniche est une autre ville. Les joggeurs du quartier Anfa rasent le bitume encore frais. Les gardiens de parking somnoient. La mer est grise-verte, presque froide à regarder. On a pris le petit-déjeuner au Rick's Café — oui, celui inspiré de Casablanca le film — et pour une fois, ni les enfants ni nous n'avons pensé à regarder nos téléphones.
Le Rick's Café est l'endroit typiquement "pour touristes" qu'on vous déconseille. On vous dit le contraire : allez-y le matin en semaine, commandez les msemen avec miel et le café au lait serré, et profitez de la salle presque vide. Le soir, c'est bondé et bruyant. Le matin, c'est presque intime.
Après 10h, rejoignez la plage de Ain Diab plutôt que celle d'El Hank. Le sable y est plus fin, les baigneurs moins nombreux en semaine, et les parasols se louent autour de 30 à 50 MAD la journée selon la saison. Pour les enfants, c'est la vraie récréation du séjour.
La médina de Casablanca : personne n'en parle, c'est parfait
On vous a vendu Fès, Marrakech, Essaouira. Personne ne vous a vendu la médina de Casablanca. C'est le meilleur argument pour y aller.
Elle est petite — environ 800 mètres de long — et quasi vierge de touristes même en été. Les ruelles sentent le poisson séché et le henné chaud. Les façades sont blanches et ocre, pas encore envahies de panneaux Instagram. Un coiffeur nommé Rachid nous a arrêtés à l'entrée de la rue des Consuls : « Vous cherchez quelque chose ? » Il ne cherchait pas à vendre. Il voulait juste savoir si on était perdus.
On ne l'était pas. Mais on a quand même suivi ses indications jusqu'à un riad transformé en salon de thé, où des femmes du quartier jouaient aux cartes derrière un rideau de bougainvilliers orange. Un verre de thé à la menthe, 8 MAD. Les enfants ont commandé des chebakia — gâteaux au miel et sésame, frits à la minute — et ont tout reçu sur les doigts.
Ce que personne ne dit sur la médina de Casa : elle est accessible en voiture jusqu'à la porte Bab Marrakech. Stationnement possible en dehors des heures de pointe (avant 10h ou après 16h). Évitez le vendredi matin, c'est bondé.
La Mosquée Hassan II : on avait décidé de ne pas y aller
On avait décidé de ne pas y aller. On connaissait le discours — monument impressionnant, mais file d'attente, foule, prix de la visite guidée. On a changé d'avis le quatrième jour, par hasard, en passant en voiture au crépuscule.
La mosquée Hassan II au coucher du soleil, vue depuis la corniche Est, est une image qui ne ressemble à aucune carte postale. Le minaret de 210 mètres vire à l'or, puis à l'ambre, puis au gris. La mer derrière est plate et presque mauve. Notre fils aîné, 11 ans, qui ronchonnait depuis le matin, a sorti son téléphone et pris une photo en silence.
La visite guidée intérieure dure environ 45 minutes et coûte autour de 130 MAD par adulte, moitié prix pour les enfants. Réservez en matinée — la lumière naturelle traverse les verrières de façon spectaculaire entre 9h et 11h. L'après-midi, la chaleur d'août à l'intérieur est difficile à supporter.
Manger à Casablanca : pas là où on vous envoie
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Les restaurants de La Corniche sont chers, bruyants et souvent décevants. La vraie table de Casablanca, pour une famille qui cherche qualité et calme, se trouve ailleurs.
Le Cabestan, boulevard de la Corniche, est l'exception : vue mer depuis la terrasse, cuisine marocaine-méditerranéenne soignée, carte enfants possible sur demande. Comptez 350 à 600 MAD par adulte en repas complet. Réservez au moins 48h à l'avance en été.
Pour le quotidien, le quartier Gauthier cache des adresses sans enseigne lumineuse où les familles casablancaises déjeunent. Une sandwicherie sur l'avenue Hassan Seghir — le patron s'appelle Mourad, il a l'air de ne jamais dormir — sert des brochettes d'agneau avec khobz chaud pour environ 45 MAD par personne. Les enfants ont redemandé deux fois.
Liste pratique pour une famille avec enfants :
- Boulangerie Paul (plusieurs adresses) : petit-déjeuner fiable, propre, climatisé
- Marché central de Casablanca (rue Chaouia) : fruits, olives, amandes grillées — parfait pour pique-niquer à Ain Diab
- Snack du quartier Anfa : cherchez les files de locaux à 12h30, vous ne raterez pas
- Évitez de dîner avant 20h30 dans les bons restaurants : les cuisines tournent vraiment à partir de là
La voiture : pourquoi on ne l'a pas regrettée une seule journée
Casablanca est grande. Très grande. Entre la médina (nord-ouest), Ain Diab (ouest), la Mosquée Hassan II (centre), le quartier des Habous (sud) et l'aéroport Mohammed V à 30 km au sud-est — sans voiture, chaque déplacement devient un projet.
On a parcouru environ 320 km sur les dix jours, essentiellement dans la ville et ses environs immédiats. Un aller-retour à El Jadida, 100 km au sud, un autre vers Mohammedia pour une plage plus calme le week-end.
Le conseil que personne ne donne : évitez la ceinture de contournement de Casablanca entre 17h30 et 19h30. Le trafic y est aussi dense qu'un lundi matin à Paris, mais sous 36°C. Si vous devez rejoindre l'aéroport en fin de journée, partez avec 45 minutes de marge supplémentaire.
Pour les familles qui cherchent confort et espace, une berline ou un SUV compact (type Dacia Duster ou équivalent) est le bon choix. Le coffre doit avaler poussettes, valises et jouets de plage sans discussion. Nous avons réservé via RBPS Cars — les sièges enfants étaient installés à l'avance, sans frais supplémentaires sur demande.
Conseil terrain non-évident : dans le quartier des Habous (le "Casablanca ancien" construit par les Français dans les années 1930), il existe un parking souterrain calme rue des Orangers, utilisé essentiellement par des résidents. Discret, à l'ombre, à 5 minutes à pied du souk des bijoutiers. Les touristes ne le connaissent pas. Les taxis non plus.
Ce qu'on ferait différemment
On passerait la première nuit à l'hôtel, mais dès le deuxième soir, on louerait un appartement dans le quartier Racine ou Anfa — les résidences avec piscine commune sont nombreuses, les prix l'été tournent autour de 800 à 1 500 MAD la nuit pour 3 à 4 personnes, et les enfants dorment mieux dans un vrai appartement qu'une chambre d'hôtel.
On éviterait aussi de planifier les musées le jeudi ou le vendredi. Le Musée de la Fondation ONA (arts et artisanat marocain) est fermé certains jours fériés et a des horaires réduits pendant le ramadan — vérifiez toujours avant de vous déplacer.
Et on réserverait la voiture pour toute la durée du séjour dès le premier jour. La tentation de la prendre au jour le jour coûte systématiquement plus cher et laisse moins de liberté.
Conclusion : Casablanca ne s'offre pas, elle se gagne
Casablanca ne vous accueille pas comme Marrakech — elle ne déroule pas le tapis rouge, n'installe pas de lanternes dorées, ne performe pas l'exotisme. Elle vous laisse trouver votre chemin.
Ce chemin, avec deux enfants, une voiture climatisée, et dix jours devant soi, ressemble à ceci : sel marin dans les cheveux à 9h du matin, thé à la menthe trop sucré à midi, minaret qui vire à l'or à 19h. Et quelque part dans tout ça, le sentiment d'avoir vu une ville vraie — pas une version décorée pour les visiteurs.
C'est rare. Ça mérite qu'on le dise.
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